He Tingbo, présidente du département semiconducteurs de Huawei et membre du board du groupe, a présenté le 25 mai 2026 lors de la conférence IEEE ISCAS de Shanghai la loi de scaling Tau (τ) et l'architecture LogicFolding, censées contourner la dépendance aux machines de lithographie extrême ultraviolet (EUV) d'ASML. L'éditeur revendique une densité de transistors supérieure de 55 % aux designs plans conventionnels, chiffre non vérifié indépendamment, et vise pour 2031 une densité équivalente à un procédé 1,4 nanomètre obtenue par conception architecturale 3D, et non par gravure réelle à cette finesse. Les premières puces Kirin embarquant LogicFolding sont attendues à l'automne 2026. À Hong Kong, le titre du fondeur chinois SMIC a bondi de 7,6 % le jour de l'annonce, selon CNBC.

Une loi de scaling temporel pour succéder à Moore

La proposition théorique de Huawei consiste à remplacer le scaling géométrique de la loi de Moore par un scaling temporel, dont la variable d'optimisation est le délai de propagation du signal mesuré sur l'ensemble de la pile computing. Là où la trajectoire historique de l'industrie a reposé sur la réduction du pas de gravure - métrique purement physique - la grandeur τ proposée par Huawei vise le temps que met un signal à traverser une chaîne logique, qu'elle s'organise à plat ou en relief. L'éditeur indique avoir conçu et produit en masse 381 puces selon ce principe sur les six dernières années, claim qui reste auto-déclaré et sans validation académique externe à la date du 25 mai 2026. Selon Huawei, repris par CNBC le 25 mai 2026, la feuille de route projette l'extension de LogicFolding aux puces Ascend, présentées comme substitut domestique aux GPU d'entraînement Nvidia interdits d'exportation vers la Chine, à l'horizon 2030. Le contexte de ce calendrier n'est pas indifférent: selon un rapport publié par l'Information Technology and Innovation Foundation en octobre 2025, les contrôles à l'exportation américains ont paradoxalement stimulé les capacités internes de Huawei, en forçant le groupe à reconstruire en propre des compétences que TSMC lui fournissait jusqu'en 2020.

Moore optimise le pas de gravure. La loi Tau optimise le délai de propagation du signal sur l'ensemble de la pile.

Huawei ne propose pas une avancée lithographique - il propose de changer la variable d'optimisation elle-même.

LogicFolding: la 3D contre l'EUV, et ses zones d'ombre

L'architecture LogicFolding consiste à empiler les couches actives d'un circuit logique en trois dimensions, de manière à raccourcir les chemins électriques et à maximiser la densité de transistors par projection au sol sans dépendre des machines de lithographie EUV d'ASML. La logique du gain ne porte donc pas sur la finesse de gravure, qui reste limitée par les équipements accessibles à Huawei et au fondeur SMIC, mais sur l'organisation verticale du substrat: la densité supplémentaire est obtenue en multipliant les niveaux de transistors au-dessus d'une même empreinte de silicium, à pas de gravure inchangé. L'équivalence revendiquée pour 2031 avec un procédé 1,4 nm tient ainsi à un effet de comptage par projection au sol, et non à la capacité physique de tracer des motifs à cette résolution. Dans un entretien à CNBC le 25 mai 2026, Paul Triolo, responsable technologie pour l'Asie et les Amériques au sein du cabinet DGA Group, nuance la portée de l'annonce: selon lui, une conception empilée ou pliée peut produire des gains de densité effective, mais cela ne signifie pas pour autant que Huawei aurait résolu l'ensemble des problèmes de procédé, de rendement, de puissance, de thermique et de performance des dispositifs associés à une véritable fabrication de classe 1,4 nm. Aucune donnée publique de rendement, de consommation ou de tenue thermique n'accompagne à ce jour l'annonce.

1,4 nm : une densité équivalente, pas une finesse de gravure

L'objectif 2031 de Huawei vise une densité architecturale équivalente au nœud 1,4 nm, obtenue par empilement vertical (LogicFolding) - non par lithographie réelle à 1,4 nm. Paul Triolo (DGA Group, CNBC) formule la limite : « a stacked/folded design can produce effective density gains, but it does not mean Huawei has solved the full process, yield, power, thermal, and device-performance problems associated with true 1.4 nm-class manufacturing ». Aucune donnée de rendement, de consommation ou de performance thermique n'a été publiée à ce stade.

Une architecture 3D qui n'est pas une singularité Huawei

L'empilement 3D des couches actives n'est pas une innovation propre au groupe de Shenzhen. Plusieurs fondeurs et concepteurs occidentaux et coréens - Samsung, TSMC et Intel notamment - déploient depuis plusieurs années des approches comparables d'empilement 3D, à des fins de compétitivité commerciale plutôt que de contournement de sanctions à l'exportation. La spécificité de LogicFolding tient donc moins à l'idée architecturale qu'au contexte dans lequel elle est mobilisée: celle d'un éditeur coupé depuis 2020 des fonderies de pointe occidentales, et privé d'accès aux machines de lithographie d'ASML. Le mouvement s'inscrit dans une dynamique chinoise plus large d'autonomisation de la chaîne de calcul, dont le signal politique le plus net a été la convocation de Nvidia par Pékin en juillet 2025 à propos des puces H20, traduisant la volonté chinoise de s'extraire d'une dépendance considérée comme un risque de sécurité.

He Tingbo, figure tutélaire de HiSilicon

L'autorité institutionnelle de la porteuse du dossier conditionne la lecture sectorielle de l'annonce. Selon la fiche officielle publiée par Huawei, He Tingbo occupe simultanément les fonctions de directrice au board du groupe, de présidente du Scientist Committee, de directrice de l'ITMT (Information Technology Management Team) et de présidente du département semiconducteurs (HiSilicon). Cette concentration de mandats - gouvernance, comité scientifique, exécution opérationnelle - la place au point de jonction des arbitrages techniques et politiques du groupe. HiSilicon, filiale de conception du groupe Huawei, assurait jusqu'en 2020 ses tirages chez TSMC. La fonderie taïwanaise a interrompu cette relation à la suite de l'extension extraterritoriale des sanctions américaines sur les exportations de semi-conducteurs, à travers l'inscription de Huawei sur l'Entity List (liste des entités soumises à restriction d'exportation depuis les États-Unis) et l'extension de la Foreign Direct Product Rule (règle d'extraterritorialité qui interdit aux fondeurs tiers utilisant de la technologie américaine de livrer Huawei), forçant le groupe à reconstruire sa chaîne de conception avec SMIC pour la production et à investir massivement dans la conception architecturale en propre. Le choix de la tribune IEEE ISCAS de Shanghai pour présenter la loi τ inscrit cette reconstruction dans le registre académique international, plutôt que dans la seule communication corporate.